 ROFESSIONNALISATION
DES ACTIVITES DEVELOPPEES DANS LE CADRE DU PROGRAMME
" NOUVEAUX SERVICES - EMPLOIS-JEUNES " EN ILE DE FRANCE
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ETUDE SUR LES EMPLOIS DE LA MEDIATION
Note de synthese Septembre 1999
EFFECT-IF
LA MEDIATION ET LES MEDIATEURS
Les emplois de médiation, créés en Ile de France,
dans le cadre du Programme " Emplois-Jeunes - Nouveaux Services ", recouvrent
des réalités nouvelles et multiformes.
Une très grande diversité des activités...
La diversité des intitulés d'emplois rend compte d'une très
grande variété des activités des médiateurs,
des publics visés, mais aussi des statuts des emplois dans les
structures.
L'ensemble des activités réalisées peut être
classé dans huit champs principaux :
- L'écoute, dialogue...
- La prévention, sécurité...
- L'information, accueil...
- L'aide à la personne...
- L'animation socio-éducative, culturelle...
- Le fonctionnement d'équipements ou d'installations...
- L'écologie, qualité de l'espace public et de l'environnement...
- La conduite de projets complexes.
Ces huit champs ne sont pas coupés les uns des autres. Ils ne
préjugent pas des écarts de valeur ajoutée sociale
ou économique apportée par les emplois de médiation,
qui sont considérables.
Aucun des emplois étudiés n'englobe l'intégralité
des huit champs de la typologie. Celle-ci ne constitue donc pas au sens
strict, un référentiel d'activités, mais par contre
elle semble, au terme de l'étude, opératoire pour décrire
l'ensemble des activités considérées comme relevant
du domaine de la médiation.
Des milieux d'intervention...
Le milieu d'intervention des médiateurs constitue un facteur important
de différenciation entre leurs emplois.
Deux milieux principaux d'exercice peuvent être identifiés
:
- Un " milieu institutionnel ", fortement structuré par la réponse
à des besoins spécifiques (santé, culture, accueil
administratif...), dans le cadre de projets d'établissements
ou de services, d'organisations du travail, de règlements explicites
et reconnus.
- Un " milieu ouvert ", organisé de façon très
prégnante dans le cadre de véritables partages du territoire,
souvent peu lisibles pour l'extérieur, et dans lequel les lois
et les règlements sont plus difficiles à faire respecter.
L'intervention des médiateurs peut apparaître dans le second
milieu beaucoup plus problématique et exposée que dans le
premier, dans la mesure où leur présence peut perturber
des dysfonctionnements sociaux très inscrits.
Des profils d'emplois...
L'étude de terrain fait émerger trois profils d'emplois,
qui esquissent le paysage de la médiation.
- Les " médiateurs experts ", travaillent fréquemment
dans le milieu institutionnel. Ils ont souvent les niveaux de formation
initiale les plus élevés, ou des expériences antérieures
en relation à la médiation. Leur projet s'inscrit dans
une perspective très vraisemblable de pérennisation.
- Les " médiateurs supplétifs ", travaillent principalement
en milieu ouvert et sur un mode " extensif ". Ils ont souvent été
recrutés sur la base de leur connaissance des quartiers et des
cités, ou dans le cadre de la transformation de contrats aidés.
Si leurs profils de formation initiale ne sont pas homogènes,
il n'en reste pas moins qu'ils sont tendanciellement moins élevés
que ceux des médiateurs experts. Les médiateurs supplétifs
rencontrent plus de difficultés en termes de valorisation et
de reconnaissance de leurs emplois.
- Les " médiateurs multi-services ", ou " couteaux suisses de
la médiation ", se situent entre les deux catégories précédentes.
De la première, ils tirent la dimension d'expertise et de technicité
professionnelle, et de la deuxième, une multiplicité des
tâches accomplies, assortie d'une reconnaissance variable suivant
les situations.
... Et des médiateurs
On peut penser que la médiation exige une maturité et des
expériences de vie installée, en l'occurrence, les médiateurs
ne sont pas toujours les plus " vieux " des emplois jeunes.
La part des jeunes femmes, si elle semble variable selon les projets,
est plus importante dans les milieux d'exercice institutionnels, mais
elle est aussi significative - quelquefois à parité - sur
un certain nombre de terrains en milieu ouvert.
Le niveau de formation initiale des médiateurs s'étale du
niveau I au niveau VI, d'un terrain à l'autre, mais également
de façon parfois caractéristique sur un même terrain.
L'inventaire de ces formations met en évidence une extrême
diversité, qui interroge, dans les emplois, l'équation "
formation initiale / " habiletés " / comportements ".
Une grande partie des médiateurs rencontrés a déjà
travaillé. Dans un certain nombre de cas leur expérience
professionnelle a participé à la décision d'embauche
et a pu être directement transférée sur leurs activités
actuelles. Pour quelques uns, l'emploi de médiateur correspond
à un choix de reconversion professionnelle vers le secteur social.
Mais beaucoup ont surtout connu les " petits boulots ", voire ont postulé
aux emplois de médiation faute de trouver " autre chose ".
En filigrane, l'insertion professionnelle
Pour la très grande majorité des médiateurs, l'objectif
majeur est incontestablement l'emploi, parfois d'ailleurs avant la médiation.
Les emplois de médiation constituent souvent un élément
clef des projets et des trajectoires d'insertion professionnelle :
- Professionnalisation dans l'emploi actuel de médiateur.
- Utilisation de l'emploi de médiateur comme tremplin pour pénétrer
un autre secteur professionnel, voire s'y qualifier.
- Recherche d'une perspective de titularisation et d'une sécurité
d'emploi.
Cette situation a une double corollaire. D'un côté, des
encadrants et des employeurs sont réellement engagés aux
côtés des jeunes dans leurs processus d'insertion, sur lesquels
ils fondent une partie importante de leur action. Mais parallèlement,
l'arrivée des jeunes dans les emplois est parfois vécue
par des personnels en place comme une menace suscitant des réflexes
de méfiance, voire de rejet ou d'exclusion. Ces salariés
ajoutent alors à la crainte d'une remise en cause de leurs avantages
acquis la contestation polémique de l'utilité des emplois
des médiateurs.
LA PROFESSIONNALISATION DES EMPLOISLA PROFESSIONNALISATION DES EMPLOIS
Deux axes principaux de professionnalisation ont été mis
en évidence par l'étude de terrain :
- La professionnalisation par les situations de travail et la construction
des activités.
- La formation et la qualification.
Des profils d'encadrement hétérogènes
Dans tous les cas les médiateurs bénéficient, dans
le principe, d'un encadrement. Néanmoins, derrière ce principe
les situations sont hétérogènes, en relevant cependant
de trois modèle dominants.
- " L'encadrant expert ", professionnel reconnu pour ses savoir-faire,
autonome, et qui guide le jeune médiateur dans sa professionnalisation
(sachant que souvent lui-même n'est pas médiateur).
- " L'encadrant institutionnel ", dont l'intervention va a minima de
la tâche de gestion administrative du projet de médiation,
relativement distante de l'activité des médiateurs, jusqu'à
la responsabilité d'une véritable ingénierie structurée
d'accompagnement et de professionnalisation (le cas échéant
en concertation avec un ou des encadrants experts).
- " L'encadrant dédié ", recruté dans le cadre
de la mise en oeuvre du programme " Nouveaux services - Emplois jeunes
", professionnel du social ou de l'entreprise, ayant eu en charge auparavant
des responsabilités d'encadrement, de management ou d'animation.
Son emploi est directement lié au devenir des fonctions et des
emplois des médiateurs, notamment dans les structures créées
ad hoc (emplois partagés...).
Des professionnalisations par les situations de travail qui se cherchent
Les dispositifs structurés de professionnalisation ou de préparation
des encadrants, voire de sensibilisation des personnels à la fonction
de tuteur, ont été relativement peu fréquents.
Beaucoup d'encadrants tombent d'accord pour déplorer un manque
de disponibilité, en temps et en moyens, pour les médiateurs,
ainsi que sur la nécessité de dispositifs de suivi technique
de la construction des tâches et des activités. Ceux-ci restent
néanmoins relativement rares. Dans un certain nombre de cas, les
dispositifs (carnets de bord, fiches navettes, rapports journaliers, fiches
de liaison, relations au tuteur...) mis en place lors de l'arrivée
des médiateurs ont été ensuite abandonnés
ou tombent en désuétude.
Par contre, lorsque des systèmes structurés de suivi et
de construction de l'activité (éléments marquants,
repérage et suivi des dysfonctionnements, suites données
aux incidents repérés par les médiateurs...) existent
et sont appliqués, ils constituent, comme le montrent les exemples
de quelques terrains, un gisement très riche de réflexion
et d'analyse des emplois.
Une construction souvent floue des activités
Face à la nouveauté des besoins et des attentes, à
des prérequis et à des contenus d'emplois imparfaitement
définis, à l'impossibilité de faire faire aux médiateurs
les tâches réalisées par les agents des structures,
et aux nécessités d'optimiser au mieux leurs postes, la
construction des activités relève fréquemment encore
d'une logique floue, soumise à la conciliation d'enjeux et d'intérêts
qui peuvent être très différents, et dans laquelle
en définitive la médiation s'efface, alors que l'intitulé
des emplois concernés reste, le cas échéant, centré
dessus.
Des formations à deux vitesses
Lors des recrutements des médiateurs, deux points de vue opposés
semblent avoir prévalu. Schématiquement, pour le premier,
la médiation s'apprend sur le tas, et d'autant plus facilement
que le médiateur connaît bien son environnement de travail.
Dans cette logique, les médiateurs n'ont suivi aucune formation
préalable particulière, le prérequis de connaissance
des quartiers permettant une " immersion " rapide en situation de travail.
Lorsque des formations ont eu lieu, elles ont alors souvent été
ressenties par les médiateurs comme trop tardives, plaquées
ou de pure forme.
Mais, dès le départ sur certains terrains, et de plus en
plus souvent aujourd'hui, la nécessité d'une formation adaptée
est ressentie (et revendiquée par des médiateurs).
Elle se concrétise de manière plus ou moins structurée,
rapide, en fonction d'objectifs contrastés, sans être contradictoires,
mais suivant deux stratégies principales :
- Une stratégie " d'intégration ", qui se traduit d'une
part par la mise en oeuvre d'actions de formation professionnalisantes
mais pas obligatoirement centrées sur la médiation, souvent
proches dans leur forme et leurs contenus, de celles suivies par les
autres agents des structures employeuses, mais aussi par l'élaboration
de cursus ou de plans " sur mesure " et spécifiques, dont la
médiation constitue le thème unique ou au moins une dimension
centrale.
- Une stratégie " de mobilité ", qui procède de
l'hypothèse que la structure ne sera pas facilement à
même de pérenniser les emplois créés et qui
conduit tantôt à favoriser la prise en compte des attentes
et des projets des médiateurs sur d'autres champs que la médiation,
tantôt à orienter les formations vers des logiques " indifférenciées
" (préparation aux passages de concours administratifs, remises
à niveau...).
Sur quelques terrains, les deux stratégies sont conduites simultanément.
Des qualifications en cours d'élaboration
Sur quatre des onze terrains qui ont fait l'objet d'une approche spécifique,
les organismes de formation mobilisés se trouvent également
être des acteurs importants des processus de construction et de
reconnaissance des qualifications.
La collaboration avec les employeurs trouve alors un prolongement dans
le développement de référentiels de qualifications
permettant, lorsqu'ils sont validés, d'assurer des reconnaissances
professionnelles ou diplômantes des qualifications acquises et d'enrichir
la réflexion sur le devenir des emplois de la médiation.
LES CONCLUSIONS ET LES PROPOSITIONS
Un quiproquo terminologique à dépasser
L'étude souligne le constat qui s'est très vite fait jour
que, suivant les situations, certains médiateurs, des encadrants,
ou des employeurs, des terrains retenus par le comité de pilotage,
retrouvent peu ou mal la médiation dans les emplois créés,
alors même que ces emplois y font en principe référence.
Trois raisons accréditent l'idée d'un important quiproquo
terminologique, qui est sans aucun doute à clarifier :
- En premier lieu, la médiation, notion récente, constitue
encore, pour une part, un néologisme.
- Le programme " Emploi jeunes - Nouveaux services " a renforcé
sa dimension polysémique en mettant en avant l'idée des
nouveaux services, et en insistant sur l'exigence de non concurrence
d'activités ou de services existants, suscitant des effets de
" modernisation terminologique " de la part d'employeurs qui souhaitaient
être sûrs que leurs projets entreraient bien dans le cadre
du dispositif.
- La dualité des objectifs de rentabilité sociale et
économique et d'insertion professionnelle a également
conforté la confusion et le flou autour des emplois comme d'un
métier de médiation.
Des situations paradoxales...
Les emplois de médiation présentent la caractéristique
d'avoir été créés pour répondre à
des attentes et à des besoins nouveaux, ou souvent comme le notent
tant les médiateurs, que les encadrants et les employeurs, pour
résoudre ou faire face à des problèmes, que la société
et les institutions maîtrisent encore mal aujourd'hui.
Or, face à ces enjeux, des prérequis mal définis,
irréalistes, en décalage par rapport aux possibilités
de recrutements et à leurs modalités, des moyens de professionnalisation
insuffisants ou inadaptés, des confusions entre la fonction et
les rôles des médiateurs, et ceux d'autres professionnels
(éducateurs, animateurs, policiers, assistants sociaux...), la
définition de tâches ou d'activités " par défaut
", ont concouru à créer un certain nombre de situations
paradoxales, dans lesquelles les médiateurs ne peuvent réellement
ni se professionnaliser, ni même remplir des missions de médiation.
Pourtant, l'utilité des emplois exercés par les médiateurs
est, de façon générale, appréciée positivement
au vu des résultats obtenus. Leur action s'inscrit même dans
un certain nombre de cas, dans des évolutions plus globale de l'organisation
du travail des structures qui les emploient. De la sorte l'hypothèse
de leur suppression devient très difficile à imaginer, sans
que les modalités de leur pérennisation ne soient néanmoins
aujourd'hui, dans une majorité de cas, avancées, au-delà
de principes généraux (solvabilisation par le marché,
intégration dans les missions de l'Etat, d'établissements
publics ou a fortiori des collectivités locales, financements mixtes
par le biais de subventions couplées avec des financements privés
ou para-publics - fondations...-).
Trois axes de propositions
L'étude de terrain n'a pas l'ambition de faire des préconisations
exhaustives. Néanmoins les besoins et les manques constatés
conduisent à souhaiter que des propositions puissent être
mises en oeuvre dans trois directions principales :
- La définition de la place des emplois de médiation dans
l'environnement professionnel et social.
- L'offre et les modalités de la professionnalisation des médiateurs.
- Les conditions pour la pérennisation des emplois. Sur ces trois
axes, les pistes de préconisation sont, au vu des résultats
de l'étude, les suivantes :
- Recentrer les emplois des médiateurs et la médiation
sur des " fondamentaux " de métier.
- Elaborer le contenu d'une filière de qualification, ce qui
suppose a minima trois types de réflexions :
- Sur les passerelles avec les métiers voisins.
- Sur les évolutions professionnelles possibles à
l'intérieur de la filière.
- Sur les démarches en cours en matière de construction
et de reconnaissance des qualifications.
- Renforcer les synergies entre la formation initiale et la formation
permanente dans l'adaptation des contenus de formation, la création
des nouveaux contenus nécessaires, la validation des acquis professionnels...
- Mettre l'analyse des pratiques au coeur de la professionnalisation
et de la réflexion sur le métier.
- Développer une offre de formation adaptée.
- Evaluer l'offre de formation actuelle et mieux la faire connaître
dans le cadre de l'ingénierie d'appui et de ressources.
- Coupler la création des emplois avec l'organisation de la
médiation dans les structures.
- Mettre en oeuvre des méthodologies de recrutement, valorisant
les " habiletés ". - Appuyer la réalisation de modules
de bilan de compétences ou d'orientation professionnelle.
- Soutenir le financement et la réalisation de projets de professionnalisation
consécutifs aux emplois de médiation, mais extérieurs
à ce champ.
- Renforcer les actions d'information et de communication.
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